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ToggleL’assurance automobile est obligatoire en France. Mais pour un musulman pratiquant, la question de sa licéité n’est pas sans importance. Gharar, riba, maysir : trois concepts coraniques au cœur du débat. Et les scholars ne sont pas tous d’accord sur la réponse.

Pourquoi certains scholars considèrent-ils l’assurance conventionnelle comme haram ?
Le gharar : l’incertitude excessive
Le gharar désigne une incertitude contractuelle excessive explicitement prohibée en islam. Dans une assurance classique, le cotisant paie une prime sans savoir s’il recevra quoi que ce soit en retour : l’aléa est au cœur même du contrat. Le Sheikh Ibn Baz (1910-1999) et le Sheikh Al-Uthaymeen ont tous deux émis des fatwas allant dans ce sens, qualifiant l’assurance commerciale de contrat comprenant un gharar excessif.
Le maysir et le riba
Le maysir (jeu de hasard) est le deuxième grief : certains scholars assimilent l’assurance à un pari sur la survenance d’un sinistre. Le riba (intérêt usuraire) s’ajoute à ça : les compagnies d’assurance conventionnelles placent les primes collectées dans des instruments financiers générant de l’intérêt. Ces trois griefs combinés (gharar + maysir + riba) fondent la position d’interdiction des scholars les plus stricts.
Quels scholars estiment que l’assurance auto est permise sous conditions ?
Le Conseil Européen pour la Fatwa et la Recherche (CEFR), présidé par le Sheikh Yusuf Al-Qaradawi, a émis un avis de tolérance pour l’assurance obligatoire dans les pays où il n’existe pas d’alternative islamique accessible. L’argument central est la darura (nécessité) : en droit islamique, la nécessité rend licite ce qui est normalement prohibé. Le Sheikh Abdullah Bin Bayyah (Mauritanie, académie Nawawi) a confirmé cette position spécifiquement pour les musulmans vivant dans des pays à majorité non-musulmane comme la France.
L’assurance au tiers obligatoire est-elle différente des autres contrats d’assurance sur le plan islamique ?
Oui, selon plusieurs juristes islamiques. L’assurance responsabilité civile obligatoire imposée par la loi du 27 février 1958 est traitée différemment des assurances facultatives. La contrainte légale de l’État est un argument supplémentaire en faveur de la tolérance : on ne souscrit pas librement, on y est légalement contraint. Ce point est généralement retenu comme un facteur d’allègement même par les scholars qui restent réticents sur les assurances facultatives.
Qu’est-ce que la Takaful et existe-t-il des offres disponibles en France ?
Le Takaful est le système d’assurance islamique basé sur la solidarité mutuelle (ta’awun) et la donation (tabarru’). Les participants cotisent dans un fonds commun géré selon les principes islamiques, sans intérêt ni spéculation. Les surplus sont redistribués aux participants, pas captés comme bénéfices.
Assurance conventionnelle
- Repose sur un contrat d’échange commercial entre l’assuré et la compagnie.
- Les fonds collectés peuvent être investis librement selon les règles financières classiques.
- Les bénéfices générés reviennent principalement à la compagnie d’assurance.
- Le modèle est encadré par l’ACPR en France.
Takaful islamique
- Fonctionne sur un principe de donation mutuelle entre les participants.
- Les fonds sont investis uniquement dans des activités conformes à la charia.
- Les excédents éventuels peuvent être redistribués aux participants selon les règles du contrat.
- Le modèle est supervisé par un charia board ainsi que par les autorités réglementaires compétentes, notamment l’ACPR en France.
En France en 2026, aucune compagnie de Takaful automobile n’est encore agréée par l’ACPR. Des compagnies comme HSBC Amanah ou Salama Islamic Arab Insurance opèrent dans les pays du Golfe mais ne couvrent pas l’obligation légale française.
Que dit le Conseil Français du Culte Musulman sur l’assurance auto ?
Le CFCM n’a pas émis de fatwa formelle spécifique sur l’assurance automobile. Les scholars et imams français consultés sur ce sujet, notamment Sheikh Hassan Chalghoumi (Recteur de la Mosquée de Drancy) et Larbi Kechat (Recteur de la Mosquée Adda’wa à Paris), convergent vers la position de tolérance pour l’assurance obligatoire, en s’appuyant sur le principe de darura. C’est la position dominante en France en 2026.
La mutuelle d’assurance est-elle plus acceptable islamiquement que les assurances privées ?
Partiellement, et l’argument est sérieux. Les mutuelles d’assurance comme la MAIF, la MACIF ou la MATMUT fonctionnent sur un modèle de solidarité entre membres, sans actionnaires ni distribution de dividendes à des investisseurs extérieurs. Ce modèle se rapproche formellement du Takaful sur ce point précis. Certains scholars considèrent ce modèle mutualiste comme moins problématique que les assurances commerciales classiques. Ce n’est pas un consensus établi, mais une position défendable et de plus en plus citée.
Quelle est la position des grandes institutions islamiques mondiales sur l’assurance obligatoire ?
Les positions qui font référence en 2026 :
- Académie de Fiqh Islamique de l’OCI (Djeddah) : résolution n°9 de 1985, déclare l’assurance commerciale haram mais tolère l’assurance imposée par les lois nationales par darura
- Dar al-Ifta al-Missriyya (Égypte) : tolère l’assurance obligatoire sous contrainte légale
- Conseil de la Fatwa d’Al-Azhar : position similaire de tolérance conditionnelle pour les musulmans vivant en pays non-musulman
- Scholars du Golfe (Ibn Baz, Al-Uthaymeen) : interdiction stricte y compris pour les obligations légales, position minoritaire en Europe
Comment minimiser les aspects problématiques pour un musulman qui souscrit une assurance auto en France ?
Les pratiques recommandées par les scholars qui tolèrent l’assurance obligatoire :
Choisir une mutuelle (MAIF, MACIF) plutôt qu’une assurance commerciale pure, pour se rapprocher du modèle solidaire islamique
Souscrire uniquement la garantie minimale obligatoire (RC au tiers) et éviter toutes les extensions facultatives
Formuler une intention (niyya) claire : la souscription est contrainte par la loi française, non choisie librement pour elle-même
Se renseigner régulièrement sur l’évolution de l’offre Takaful en Europe, le marché évoluant rapidement depuis 2023